Fin septembre 2026, une étude espagnole a fait les titres : les enfants qui passent deux heures ou plus par jour devant un écran rempliraient plus souvent les critères d'un « possible TDAH ». De quoi inquiéter beaucoup de parents. Que dit vraiment cette étude sur les écrans et le TDAH chez l'enfant, menée par l'université de Navarre avec la Fundación Mapfre ? Voici ses chiffres exacts, ses limites, et ce que vous pouvez en retenir pour votre famille, sans culpabilité.
Article d'actualité rédigé le 14 octobre 2026.
Écrans et TDAH : ce que l'étude espagnole a mesuré
Le rapport s'intitule « Dieta, pantallas y síntomas de TDAH en la infancia. Resultados del Proyecto SENDO » (« Alimentation, écrans et symptômes de TDAH dans l'enfance. Résultats du projet SENDO »). Élaboré par l'université de Navarre avec le soutien de la Fundación Mapfre, il a été présenté le 24 septembre 2026 par la pédiatre Nerea Martín Calvo.
Une cohorte d'enfants suivis dans le temps
SENDO est une cohorte pédiatrique prospective : un même groupe d'enfants est suivi pendant plusieurs années pour étudier le lien entre le mode de vie et la santé. Pour ce travail, les chercheurs ont analysé 568 enfants âgés de 4 à 5 ans au début de l'étude. Les habitudes d'alimentation et d'écrans ont été relevées environ deux ans avant l'évaluation finale du comportement et des symptômes.
Beaucoup d'études précédentes mesuraient habitudes et symptômes au même moment. Ici, l'habitude est notée avant : c'est un progrès, pas une preuve de cause.
Des questionnaires remplis par les parents
Toutes les informations (alimentation, activité physique, sédentarité, sommeil, santé) ont été recueillies par des questionnaires remplis par les parents. Pour le comportement, deux outils ont servi :
- le SDQ (Strengths and Difficulties Questionnaire), 25 questions sur cinq dimensions : symptômes émotionnels, problèmes de conduite, hyperactivité, relations avec les camarades et comportement prosocial (aider, coopérer, faire attention aux autres) ;
- l'échelle de DuPaul, 18 items centrés sur deux groupes de symptômes du TDAH : l'inattention et l'hyperactivité/impulsivité.
Le communiqué le précise lui-même : ces deux outils permettent de chiffrer des symptômes et de faire un repérage (un « cribado » en espagnol), mais ils ne remplacent pas une évaluation clinique et ne suffisent pas à poser un diagnostic de TDAH.
Étude écrans et TDAH : les résultats chiffrés
10,9 % des enfants au-dessus du seuil de repérage
Selon l'échelle de DuPaul, 10,9 % des enfants remplissaient les critères d'un « possible TDAH ». La chercheuse insiste : cette classification ne veut pas dire que ces enfants ont un TDAH. Elle sert à repérer ceux qui présentent plus de symptômes et qui pourraient avoir besoin d'une évaluation clinique plus complète.
Le temps d'écran
Dans le groupe étudié, 61 % des enfants passaient moins d'une heure par jour devant un écran, et 39 % une heure ou plus. Par rapport aux enfants à moins d'une heure par jour :
- entre une et deux heures par jour, le risque relatif de remplir les critères de possible TDAH était de 1,22 ;
- à deux heures ou plus par jour, il atteignait 2,16.
Autrement dit, les enfants exposés deux heures ou plus par jour avaient environ deux fois plus de probabilité de dépasser le seuil de repérage. C'est ce chiffre que la presse espagnole a repris.
Les aliments ultratransformés
L'étude s'est aussi intéressée aux produits ultratransformés (biscuits, céréales sucrées, plats industriels, sodas…). En moyenne, ils représentaient 37 % de l'apport énergétique des enfants. Les enfants qui en consommaient le plus avaient, après ajustement sur d'autres facteurs possibles, 1,50 point de plus au score total du SDQ et 2,14 points de plus au score total de DuPaul que ceux qui en consommaient moins.
Les scores moyens augmentent avec la consommation : le SDQ total passe de 6,26 dans le groupe qui en mange le moins à 7,76 dans celui qui en mange le plus, et le score de DuPaul de 9,73 à 12,3. Les différences étaient statistiquement significatives pour l'hyperactivité, les relations avec les camarades, le comportement prosocial et l'inattention.
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Avant de tirer des conclusions pour votre enfant, gardez en tête ces six limites.
Une association n'est pas une cause
C'est une étude observationnelle : les chercheurs ont regardé ce qui se passe, sans rien modifier. Le communiqué l'écrit clairement : ces résultats ne permettent pas d'établir que les écrans ou les ultratransformés sont la cause des symptômes, ni du TDAH. D'autres éléments, comme le sommeil ou le contexte de vie, peuvent jouer à la fois sur les habitudes et sur le comportement.
Le lien peut aller dans les deux sens
Un enfant très agité, qui a du mal à jouer seul ou à attendre, peut se voir proposer plus souvent un écran, parce que c'est l'un des rares moments où il se pose. Le fait que les habitudes soient mesurées deux ans avant les symptômes réduit ce risque d'interprétation, sans l'écarter : à 4-5 ans, un tempérament agité peut déjà être là au moment où l'on note le temps d'écran. L'Assurance maladie relève d'ailleurs qu'un TDAH sans prise en charge peut s'accompagner d'une utilisation importante des écrans et des jeux.
Un repérage n'est pas un diagnostic
Les 10,9 % ne sont pas des enfants « diagnostiqués TDAH ». En France, la HAS rappelle dans sa recommandation de 2024 que le diagnostic repose sur un entretien, un examen clinique et des informations recueillies auprès de l'entourage de l'enfant, et qu'il peut être posé par un médecin formé au TDAH. Les échelles servent à guider la démarche, pas à la remplacer.
Des données déclarées par les parents
Temps d'écran, alimentation et comportement : tout vient des réponses des parents. Ces estimations sont utiles mais imprécises. Les chercheurs eux-mêmes veulent améliorer la mesure objective des habitudes.
Des enfants espagnols de 4-5 ans
Les résultats portent sur des enfants d'âge préscolaire, en Espagne. On ne peut pas les transposer tels quels à un enfant de 9 ans ou à un adolescent. De plus, l'Assurance maladie souligne qu'avant 5 ans, des symptômes d'inattention ou d'impulsivité peuvent faire partie du développement normal d'un enfant qui régule plus lentement son attention.
Un rapport, pas encore un article de revue
Il s'agit d'un rapport présenté lors d'un événement public. Le communiqué ne mentionne pas de publication dans une revue scientifique avec relecture par des pairs. Les chercheurs annoncent vouloir répliquer ces résultats et étudier si modifier ces habitudes change les symptômes : c'est cette deuxième étape qui dira s'il y a un effet.

D'où vient le TDAH ? Un rappel utile
Non, le TDAH ne « vient » pas des écrans ou de l'assiette, selon les sources de référence.
Un trouble du neurodéveloppement
La HAS classe le TDAH parmi les troubles du neurodéveloppement. Selon l'Assurance maladie, ses causes ne sont pas encore connues avec certitude, mais les recherches observent une composante héréditaire et génétique (le trouble est plus fréquent dans certaines familles), des facteurs de risque autour de la naissance (prématurité, exposition au tabac ou à l'alcool pendant la grossesse) et un fonctionnement particulier de certains circuits cérébraux. Les chercheurs espagnols le disent aussi : le TDAH a une origine complexe, avec des facteurs génétiques et neurobiologiques ; leur question portait sur le rôle possible d'habitudes du quotidien en plus de ces facteurs.
Ni l'éducation ni la volonté
L'Assurance maladie est explicite : le TDAH n'est pas lié à une éducation défaillante, à un stress psychologique ou à un manque de volonté. Si votre enfant a un TDAH, ce n'est pas parce que vous l'avez laissé regarder des dessins animés. La pédiatre qui a présenté l'étude demande elle-même d'intégrer ces habitudes au bien-être de l'enfant « sans culpabiliser les familles ». Pour aller plus loin sur la façon dont les diagnostics évoluent, lisez notre article sur la hausse des diagnostics de TDAH et d'autisme.
Ce que ça change pour votre enfant
Concrètement, cette étude ne change rien au diagnostic ni au traitement d'un enfant. Elle ajoute un argument à des repères qui existaient déjà.
Si votre enfant a déjà un diagnostic de TDAH
L'étude ne montre pas que réduire les écrans ou les ultratransformés réduit les symptômes d'un enfant TDAH : ce n'a pas été testé. En revanche, des écrans mieux cadrés et des repas plus simples restent de bonnes habitudes pour tous les enfants, et ils peuvent rendre les fins de journée plus calmes. Prenez-les comme des aménagements du quotidien, jamais comme un traitement.
Si vous vous posez des questions sur votre enfant
Un enfant de 4-5 ans très agité n'a pas forcément un TDAH, et un enfant qui aime les écrans non plus. Si l'agitation ou l'inattention durent, gênent sa vie à l'école ou à la maison, parlez-en à votre médecin. Notre grille d'observation à imprimer peut vous aider à noter ce que vous voyez avant le rendez-vous (ce n'est ni un test ni un diagnostic), et notre article sur le diagnostic du TDAH chez l'enfant détaille le parcours.
Ce que vous pouvez faire
Pas besoin de tout changer demain : choisissez une habitude à la fois. Notre guide sur la gestion des écrans chez l'enfant TDAH donne la méthode complète ; voici l'essentiel.
Connaître les repères officiels
En France, les repères d'âge intégrés au carnet de santé depuis janvier 2025 sont : pas d'écran avant 3 ans, même en bruit de fond ; entre 3 et 6 ans, un usage exceptionnel, limité à des contenus de qualité éducative, toujours accompagné par un adulte et dans un cadre défini ; après 6 ans, une utilisation progressive avec un accompagnement renforcé des parents. Depuis juillet 2025, les écrans sont interdits pour les moins de 3 ans dans les lieux d'accueil de la petite enfance.
Rendre la règle claire et visible
Prenons Léo, 6 ans, qui réclame la tablette dès le retour de l'école. Plutôt que de négocier chaque jour, ses parents posent une règle formulée positivement : « Après le goûter et le cartable rangé, tu as ton dessin animé, puis on éteint quand le minuteur a fini. » La règle est la même tous les jours, et Léo gagne un jeton quand il éteint au signal. Quelques idées :
- des moments sans écran fixes : repas, matin avant l'école, l'heure qui précède le coucher ;
- une fin annoncée et visible, avec un minuteur visuel gratuit que l'enfant regarde se vider ;
- une activité prévue pour l'après-écran (goûter, jeu, sortie), pour que l'arrêt ne soit pas un vide ;
- un écran regardé ensemble quand c'est possible, en parlant de ce qu'on voit.
Le Contrat de Famille de Neurenix sert justement à cela : écrire la règle avec votre enfant, valoriser chaque réussite par un jeton, sans jamais retirer un jeton acquis.
Des repas simples, sans perfection
Réduire les ultratransformés ne veut pas dire cuisiner des plats compliqués. Un fruit au goûter à la place d'un biscuit emballé, de l'eau à table, une assiette simple (un féculent, un légume, un œuf ou un reste de la veille) : chaque petit changement compte, et aucun n'est obligatoire tous les jours. Si votre enfant a une alimentation très sélective, ce qui est fréquent, demandez conseil à votre médecin plutôt que d'en faire un combat.
Parler au médecin si vous êtes inquiet
Votre médecin traitant ou votre pédiatre reste le bon interlocuteur, pour l'agitation, le sommeil, l'alimentation ou les écrans. Apportez des observations datées. Et retenez le message des chercheurs eux-mêmes : ces habitudes sont des leviers sur lesquels une famille peut agir, pas une faute à expier.
Sources
- Fundación Mapfre, communiqué du 24 septembre 2026 : « Dieta, pantallas y síntomas de TDAH en la infancia. Resultados del Proyecto SENDO » (en espagnol)
- HAS, Trouble du neurodéveloppement/TDAH : diagnostic et interventions thérapeutiques auprès des enfants et adolescents (2024)
- Ameli, Comprendre le TDAH (définition, origine)
- Ameli, TDAH : symptômes, diagnostic et évolution
- Je protège mon enfant (gouvernement), Écrans : les repères par âge





