Pourquoi entend-on parler du TDAH et de l'autisme partout, et pourquoi tant d'enfants sont-ils diagnostiqués aujourd'hui ? La hausse des diagnostics TDAH et autisme fait débat : effet de mode, meilleur repérage, ou augmentation réelle ? Une grande étude danoise, publiée le 9 septembre 2026 dans la revue JAMA Psychiatry, apporte un élément de réponse solide. Voici ce qu'elle montre, ce qu'elle ne montre pas, et ce que cela change concrètement pour les parents d'un enfant diagnostiqué ou en cours de bilan.

En bref : une étude publiée le 9 septembre 2026 dans JAMA Psychiatry a comparé 71 317 enfants et adolescents danois diagnostiqués TDAH ou autistes entre 2012 et 2022 à 713 170 jeunes sans ce diagnostic. Les enfants diagnostiqués récemment ressemblent davantage à la population générale que ceux d'il y a dix ans. Selon les auteurs, la hausse des diagnostics reflète probablement en partie un meilleur repérage et des pratiques qui évoluent, pas seulement une augmentation du trouble lui-même.

Article d'actualité rédigé le 7 octobre 2026.

Ce que l'étude danoise a mesuré

L'étude s'intitule « Changes in Characteristics Associated With ADHD and ASD Diagnoses Over Time » (« Évolution des caractéristiques associées aux diagnostics de TDAH et de trouble du spectre de l'autisme au fil du temps »). Elle a été menée par l'Institut de santé globale de Barcelone (ISGlobal) et l'université d'Aarhus, au Danemark. Elle a été mise en ligne par JAMA Psychiatry le 9 septembre 2026 ; ISGlobal a diffusé son communiqué le lendemain.

Une population entière, suivie dans les registres

Grâce aux registres nationaux de santé danois, les chercheurs sont partis de 2 194 951 enfants et adolescents nés entre le 1er janvier 1994 et le 31 décembre 2022. Parmi eux, ils ont retenu :

  • 71 317 jeunes ayant reçu un diagnostic de TDAH ou d'autisme entre 2012 et 2022, dont 26 452 filles (37,1 %) ; l'âge médian au diagnostic était de 11,4 ans ;
  • 713 170 jeunes sans ce diagnostic, appariés aux premiers (dix « témoins » pour un enfant diagnostiqué).

Il s'agit d'une étude cas-témoins en population : on compare deux groupes à partir de données déjà enregistrées, sans intervention.

La question posée

Depuis longtemps, on sait que certains facteurs sont plus fréquents chez les enfants qui reçoivent un diagnostic de TDAH ou d'autisme. Les chercheurs en ont examiné plusieurs : le faible poids de naissance, la naissance prématurée, un niveau d'études des parents plus bas, un revenu du foyer plus faible, des antécédents de troubles psychiatriques chez les parents, et un recours plus fréquent aux soins avant le diagnostic.

Leur question était simple : le lien entre ces facteurs et le diagnostic est-il resté le même entre 2012 et 2022 ? Si le profil des enfants diagnostiqués change, cela renseigne sur la façon dont les diagnostics sont posés.

Hausse des diagnostics TDAH : ce que montrent les résultats

Le résultat principal, résumé par les auteurs dans la revue : les associations entre plusieurs facteurs de risque bien établis et le diagnostic se sont atténuées au fil du temps, en particulier pour les facteurs socio-économiques et ceux liés à la naissance.

L'exemple du poids de naissance

Le chiffre le plus parlant concerne le faible poids de naissance. En 2012-2013, un enfant né avec un faible poids avait 54 % de risque en plus d'être diagnostiqué que les autres (rapport de cotes de 1,54). En 2020-2022, cet excès n'était plus que de 17 % (rapport de cotes de 1,17). Le facteur compte toujours, mais beaucoup moins qu'avant pour distinguer les enfants diagnostiqués des autres. Le communiqué d'ISGlobal indique des tendances comparables pour la prématurité et pour les difficultés socio-économiques.

Une évolution plus marquée pour le TDAH

Pour le revenu du foyer, l'atténuation est nettement plus rapide dans le TDAH que dans l'autisme : la revue rapporte une évolution de 6,5 % par an pour le TDAH contre 0,7 % par an pour l'autisme. Autrement dit, le diagnostic de TDAH concerne aujourd'hui des familles de milieux plus variés qu'il y a dix ans.

Ce que les auteurs en concluent

Pour l'équipe, les enfants diagnostiqués sont devenus « de plus en plus semblables » à ceux qui ne le sont pas. La hausse des diagnostics pourrait donc refléter, au moins en partie, des changements dans les pratiques de diagnostic ou dans la capacité du système de soins, plutôt qu'une seule augmentation du risque sous-jacent. Les pistes avancées par ISGlobal : une meilleure connaissance du TDAH et de l'autisme, un meilleur repérage par les services de santé et l'école, un accès plus large aux bilans, et un seuil de diagnostic qui a pu évoluer.

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Les limites de l'étude, à garder en tête

Une étude de cette taille est solide, mais elle ne répond pas à tout. Plusieurs chercheurs britanniques interrogés par le Science Media Centre de Londres l'ont saluée tout en soulignant ses limites.

Elle ne mesure ni la sévérité ni la gêne au quotidien

Les registres indiquent si un diagnostic a été posé, pas l'intensité des symptômes. Steven Kapp (université de Portsmouth) relève que l'étude n'a mesuré ni le degré des traits ni le handicap. Uta Frith (University College London) note que des mesures de sévérité seraient nécessaires pour savoir si l'on diagnostique davantage de formes légères. Joanna Martin (université de Cardiff), qui juge les méthodes robustes, rappelle que l'étude ne montre pas que le TDAH serait devenu moins gênant pour les personnes concernées.

Une corrélation, pas une explication complète

L'étude observe une évolution, sans pouvoir dire quelle part revient à chaque explication (meilleure information, accès aux bilans, seuil de diagnostic). Les auteurs le reconnaissent et appellent à des travaux dans d'autres pays. Les diagnostics y sont codés selon la classification internationale CIM-10, ce qui peut aussi compter dans la comparaison avec d'autres systèmes.

Des données danoises, pas françaises

Les résultats éclairent une tendance observée dans de nombreux pays, mais ils ne disent rien directement des délais, des pratiques ou du nombre de diagnostics en France.

Mère qui lit un livre avec ses deux garçons : la hausse des diagnostics TDAH vue du côté des familles
Un diagnostic plus fréquent ne veut pas dire un diagnostic plus léger : ce qui compte, c'est la gêne au quotidien de chaque enfant.

Effet de mode ? Ce que l'étude permet de répondre

Beaucoup de parents entendent cette petite phrase, à l'école, en famille ou sur les réseaux : « Aujourd'hui, tout le monde est TDAH. » L'étude ne la confirme pas. Elle suggère plutôt que le repérage s'est élargi à des enfants qui passaient autrefois sous les radars, par exemple ceux qui ne cumulaient pas difficultés à la naissance et difficultés sociales.

En France, la Haute Autorité de Santé rappelle qu'environ 5 % des enfants présentent un TDAH selon les estimations actuelles, et que chez les filles le trouble semble moins bien repéré et sous-diagnostiqué, parce que leurs symptômes sont souvent moins visibles. Un repérage plus large peut donc corriger un retard, pas créer un faux problème. Pour comprendre ce qu'est précisément le trouble, vous pouvez relire notre article TDAH : définition et signification.

Surtout, la HAS précise qu'un accompagnement se justifie lorsque les symptômes altèrent de manière durable et significative la qualité de vie de l'enfant. Le diagnostic ne repose donc pas sur une étiquette à la mode, mais sur un retentissement réel, observé dans plusieurs lieux de vie.

Ce que ça change pour votre enfant

Si votre enfant vient d'être diagnostiqué

Son diagnostic n'est pas « moins vrai » parce qu'il est posé en 2026. L'étude ne parle pas de diagnostics erronés : elle décrit des enfants diagnostiqués dont le profil ressemble davantage à celui des autres enfants. Votre enfant peut ne présenter aucun des facteurs étudiés (naissance difficile, contexte social défavorable) et avoir des besoins bien réels. Les auteurs eux-mêmes préviennent qu'il ne faut pas en déduire que ces troubles seraient devenus moins invalidants.

Si vous attendez un bilan

Plus de diagnostics, c'est aussi plus de demandes de bilan, et donc parfois des délais. Selon la HAS, le diagnostic de TDAH peut être posé par tout médecin ayant suivi une formation sur le TDAH, et il n'existe aucun examen complémentaire ni marqueur biologique qui le confirme : il repose sur l'entretien, l'examen et les observations de l'entourage. Notre guide diagnostic TDAH enfant : les étapes détaille ce parcours, et l'article sur les signes du TDAH chez l'enfant vous aide à préparer vos observations.

Si votre fille est concernée

Dans l'étude, 37,1 % des jeunes diagnostiqués étaient des filles. La HAS souligne que le TDAH des filles est souvent moins bien repéré. Si votre fille est rêveuse, épuisée en fin de journée, désorganisée sans être agitée, cela vaut la peine d'en parler à son médecin.

Ce que vous pouvez faire

1. Noter des faits, pas des étiquettes

Avant un rendez-vous, notez des situations précises : « Il met quarante minutes à s'habiller le matin malgré cinq rappels », « elle oublie son cahier trois jours sur cinq ». Ce sont ces faits, observés à la maison et à l'école, qui aident le médecin à évaluer le retentissement au quotidien.

2. Ne pas attendre le diagnostic pour agir à l'école

La HAS recommande de mettre en place des aménagements scolaires sans attendre la confirmation du diagnostic, en lien entre les soignants et l'équipe éducative. Notre article sur les aménagements scolaires (PAP, PPS, AESH) explique les démarches.

3. Installer des routines claires à la maison

Quel que soit le résultat du bilan, des consignes formulées positivement, peu nombreuses et visibles aident tous les enfants qui ont du mal à s'organiser. Le guide de la routine du matin et le mode d'emploi de l'économie de jetons sont de bons points de départ. Le Contrat de Famille de Neurenix permet de mettre ces consignes en place et de rendre chaque réussite visible ; c'est un outil du quotidien, pas un traitement.

4. Répondre calmement à l'entourage

Face au « c'est la mode », vous pouvez répondre simplement : « Les chercheurs pensent surtout qu'on repère mieux des enfants qu'on ne voyait pas avant. Ce qui compte, ce sont ses difficultés au quotidien. » Inutile de vous justifier davantage.

5. Garder le lien avec les professionnels

Cette étude décrit une tendance de population ; elle ne dit rien de la situation de votre enfant. Pour toute question sur son diagnostic ou son accompagnement, le bon interlocuteur reste le médecin qui le suit.

Sources