« Je te l'ai dit dix fois ! » Si cette phrase sort de votre bouche plusieurs fois par jour, vous n'êtes pas seul. Un enfant TDAH qui n'écoute pas n'est, le plus souvent, ni sourd ni insolent : la consigne ne lui est simplement pas parvenue, ou elle s'est envolée en chemin. Ce guide explique pourquoi, puis vous donne neuf façons concrètes de formuler une consigne qui passe, avec des phrases à dire, des scripts et des exemples pour le matin, les devoirs, les écrans et le coucher.

En bref : un enfant TDAH « n'écoute pas » surtout parce que son attention décroche, que sa mémoire de travail garde mal plusieurs informations et qu'il a du mal à freiner ce qu'il est en train de faire. Pour qu'une consigne passe : approchez-vous, obtenez son regard, donnez une seule consigne courte et positive, faites-la répéter, montrez-la, affichez-la, annoncez le temps avec un minuteur et félicitez tout de suite.

Pourquoi un enfant TDAH « n'écoute pas »

L'Inserm le rappelle clairement : le TDAH n'est pas un problème d'éducation, c'est un trouble du neurodéveloppement. La Haute Autorité de santé (HAS), dans sa recommandation de 2024, décrit une atteinte principale de l'attention, souvent associée à des difficultés d'autres fonctions dites « exécutives » : freiner une réponse, planifier une action, passer d'une tâche à l'autre, garder des informations en tête. Trois de ces mécanismes expliquent l'essentiel des consignes perdues.

L'attention décroche avant la fin de la phrase

Quand vous parlez depuis la cuisine pendant qu'il construit une tour de Lego, votre voix entre en concurrence avec tout le reste. Chez un enfant facilement distrait, c'est souvent la tour qui gagne. Il a entendu un son, pas une demande.

La mémoire de travail déborde

La mémoire de travail, c'est le petit tableau blanc mental sur lequel on garde une information le temps de s'en servir. Chez beaucoup d'enfants TDAH, ce tableau est petit et s'efface vite. « Va te brosser les dents, mets ton pyjama et prépare ton cartable » : trois informations, et c'est souvent la première ou la dernière qui survit.

Freiner ce qu'on est en train de faire coûte cher

Arrêter un jeu, un dessin ou un écran demande de « couper » une action en cours. C'est précisément l'inhibition, une des fonctions que la HAS cite comme souvent touchées. Un enfant qui a compris la consigne peut donc rester bloqué sur son activité, non par défi, mais parce que la transition lui demande un effort réel.

Bonne nouvelle : la manière de donner une consigne change beaucoup les choses. L'Assurance Maladie conseille aux parents de donner des consignes simples et claires, de fractionner les demandes pour que l'enfant accomplisse les tâches une à une, et de l'encourager dès qu'il fait un effort. Les neuf leviers ci-dessous déclinent ces principes au quotidien.

Consignes enfant TDAH : les 9 façons de se faire entendre

Ces leviers reprennent, pour la maison, des stratégies que la HAS propose aux enseignants dans l'annexe de sa recommandation : s'assurer de l'attention de l'élève, donner une seule consigne à la fois, une phrase courte, affirmative et positive, la faire reformuler, utiliser des supports visuels.

1. Se mettre à sa hauteur

Arrêtez de parler d'une pièce à l'autre. Approchez-vous, accroupissez-vous si besoin. Une consigne lancée à distance est une consigne perdue d'avance.

2. Obtenir le contact avant de parler

Prononcez son prénom, attendez qu'il lève les yeux, posez éventuellement une main sur son épaule. Pas besoin d'exiger qu'il vous fixe dans les yeux s'il est mal à l'aise avec le regard (c'est fréquent chez un enfant TSA) : un signe convenu à l'avance, comme une main levée, fonctionne aussi. Le principe : on ne parle qu'une fois l'attention captée.

3. Une consigne à la fois

Une action, puis une autre quand la première est faite. « Va te brosser les dents. » Il revient, on félicite, puis : « Maintenant, le pyjama. » C'est plus lent sur le papier, mais beaucoup plus rapide dans la réalité.

4. Formuler en positif

Dites ce qu'il doit faire, pas ce qu'il doit arrêter. « Arrête de courir » oblige l'enfant à deviner ce qu'on attend à la place ; « marche à côté de moi » le lui dit. C'est le même principe que les consignes du Contrat de Famille de Neurenix, rédigées à la première personne (« Je range mon cartable ») : l'application signale d'ailleurs quand une consigne contient une négation.

5. Faire répéter

« Qu'est-ce que tu vas faire ? » Ce n'est pas un contrôle, c'est un ancrage : en reformulant, l'enfant transforme un son en intention. S'il ne sait pas répéter, la consigne n'est pas passée : on la redit, plus courte.

6. Montrer plutôt qu'expliquer

Pour une tâche nouvelle ou en plusieurs étapes, faites-la une fois devant lui, ou avec lui. « Regarde : le bol dans l'évier, la cuillère dedans. À toi. » Le geste se retient mieux qu'une explication.

7. Afficher un appui visuel

Une liste dessinée sur le frigo, une photo de la tenue préparée, une étiquette sur la porte de la salle de bains : l'appui visuel fait le travail de la mémoire de travail à sa place. Vous n'avez plus à répéter, vous montrez du doigt. Notre article sur la routine du matin TDAH détaille comment construire ces étapes.

Des consignes courtes, positives, que votre enfant coche lui-même chaque soir : c'est le principe du Contrat de Famille, gratuit et sans carte bancaire.

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8. Annoncer le temps avec un minuteur

« Dans cinq minutes, on éteint » ne veut pas dire grand-chose pour un enfant qui perçoit mal le temps qui passe. Un minuteur visuel, dont le disque coloré diminue sous ses yeux, rend ce temps visible. Prévenez, lancez le minuteur, et laissez-le annoncer la fin : ce n'est plus vous contre lui, c'est le minuteur qui décide. Vous pouvez utiliser notre minuteur visuel gratuit en ligne, sans compte.

9. Féliciter tout de suite

Dès que la consigne est faite, ou même commencée, dites-le : « Tu as éteint tout seul, merci. » Un encouragement qui arrive dans la seconde pèse bien plus lourd qu'une remarque générale le soir. Vous trouverez des dizaines de formulations dans notre article sur les exemples de renforcement positif.

Petit déjeuner en famille : le matin, une consigne courte aide l'enfant TDAH qui n'écoute pas
Le matin, une consigne à la fois, dite calmement, passe mieux qu'une liste lancée à la volée.

Mon enfant n'écoute rien : les phrases à dire et à éviter

Souvent, ce n'est pas l'intention qui coince, c'est la formulation. Voici quelques transformations simples.

Au lieu de…Essayez…Pourquoi
« Combien de fois je dois te le dire ? »« Léa, regarde-moi. Chaussures. »Attention captée, une seule action.
« Arrête de crier ! »« Parle avec ta petite voix. »On dit ce qu'il faut faire.
« Range ta chambre. »« Mets les voitures dans la caisse bleue. »Une tâche précise et visible au lieu d'une tâche floue.
« Tu veux bien aller te laver ? »« C'est l'heure de la douche. »Une question appelle un « non ».
« Dépêche-toi ! »« Le minuteur est lancé, tu as jusqu'à la fin du vert. »Le temps devient visible.
« Mets ton manteau, prends ton sac et attends-moi devant. »« Manteau. » … puis « Sac. » … puis « Devant la porte. »On fractionne.
« Tu n'écoutes jamais. »« Tu as mis tes chaussures du premier coup, bravo. »On remarque ce qui marche.

Un script parent-enfant, pas à pas

Prenons Jade, 8 ans, en train de dessiner. Il est 19 h 30 et c'est l'heure de la douche. Exemple de dialogue :

  • Parent (approché, accroupi) : « Jade. » Attend qu'elle lève les yeux.
  • Parent : « Dans cinq minutes, c'est la douche. Je lance le minuteur. »
  • Jade : « Mais je n'ai pas fini ! »
  • Parent : « Ton dessin t'attendra sur la table. Qu'est-ce qui se passe quand le minuteur sonne ? »
  • Jade : « Je vais à la douche. »
  • Le minuteur sonne. Parent : « C'est l'heure. Douche. »
  • Jade se lève. Parent : « Tu t'es arrêtée toute seule, c'est super. »

Ce qui fait la différence : un préavis, une raison rassurante (le dessin ne disparaît pas), une reformulation par l'enfant, une seule consigne au moment voulu, une félicitation immédiate.

Répéter sans s'énerver

Si la consigne n'est pas suivie, redites-la à l'identique, calmement, en restant près de lui. Pas de crescendo de voix, pas de nouvelles explications : chaque mot ajouté est une information de plus à trier. Si vous sentez la colère monter, la vôtre ou la sienne, mieux vaut faire une pause que d'insister ; notre article sur la crise de colère de l'enfant vous aide pour ces moments-là.

Enfant TDAH qui n'écoute pas : quatre moments sensibles

Le matin

C'est le moment où l'on enchaîne le plus de consignes en le moins de temps. Préparez la veille ce qui peut l'être (vêtements, cartable), affichez les étapes dans l'ordre et ne donnez à voix haute que la prochaine : « Maintenant, le petit-déjeuner. » Le reste est sur la liste.

Les devoirs

Lisez la consigne de l'exercice avec lui, puis demandez-lui de la redire avec ses mots avant de commencer. Découpez : « D'abord les trois premières lignes, ensuite on regarde. » Un minuteur pour des séquences courtes, suivies d'une vraie pause, aide à tenir. Pour aller plus loin, voir enfant TDAH et devoirs : que faire.

Les écrans

L'arrêt d'un écran est la transition la plus difficile, parce qu'il faut couper une activité très captivante. Fixez la durée avant d'allumer, prévenez à mi-parcours puis cinq minutes avant la fin, laissez le minuteur annoncer l'heure, et proposez une activité de transition simple (goûter, sortir, jouer ensemble).

Le coucher

Le soir, la fatigue réduit encore l'attention disponible. Gardez toujours le même ordre, parlez moins, plus bas, et appuyez-vous sur le rituel plutôt que sur des consignes nouvelles.

Quand les consignes tournent au bras de fer

Même avec de bonnes consignes, certains jours tout coince. Avant de conclure à de la provocation, vérifiez trois choses : la consigne était-elle unique et claire ? L'enfant était-il fatigué, affamé, en pleine transition ? La tâche est-elle trop longue pour lui ? Souvent, la réponse est là.

Choisir ses batailles

Un enfant TDAH reçoit beaucoup de remarques dans une journée. Gardez vos consignes pour ce qui compte vraiment (sécurité, hygiène, départ à l'école) et laissez passer le reste. L'Assurance Maladie invite d'ailleurs les parents à apprendre à tolérer quelques débordements, comme l'agitation pendant le travail ou les repas.

Se faire accompagner

Si les refus deviennent la règle et que chaque consigne finit en conflit, vous n'avez pas à tout porter seuls. La HAS recommande, dès que le diagnostic de TDAH est posé, de proposer aux parents en première intention un programme d'entraînement aux habiletés parentales. Ces programmes, souvent en groupe, travaillent justement la façon de donner des consignes, de féliciter et de réagir aux refus. Notre article sur le programme Barkley pour les parents explique comment ils se déroulent et comment y accéder.

Un cadre qui ne se négocie pas chaque soir

Un contrat de comportement aide aussi à sortir du bras de fer : les consignes sont choisies à froid, avec l'enfant, écrites une fois pour toutes, et c'est lui qui coche. Dans Neurenix, application de contrat de comportement éditée par Bapst Technologies, un jeton gagné n'est jamais retiré, même après une journée difficile. C'est un outil du quotidien, pas un traitement, et il ne remplace pas l'avis des professionnels qui suivent votre enfant.

Quand en parler au médecin

Ne pas écouter est banal chez un jeune enfant. Parlez-en à votre médecin traitant, à votre pédiatre ou au médecin scolaire si :

  • les difficultés d'attention durent depuis plus de six mois et se retrouvent à la maison, à l'école et pendant les loisirs ;
  • elles retentissent sur les apprentissages, les relations ou la vie de famille ;
  • vous vous demandez s'il entend bien : la HAS prévoit de vérifier la vue et l'audition lors de l'examen ;
  • les conflits autour des consignes épuisent toute la famille, diagnostic posé ou non.

Pour préparer ce rendez-vous, notre grille d'observation à imprimer vous aide à noter ce que vous constatez, au quotidien. Ce n'est ni un test ni un diagnostic : seul un médecin peut évaluer la situation de votre enfant.

Sources